Le
bivouac qui nous hébergeait chaque week-end ayant été construit
sur la vire aux chèvres, (les murettes sont toujours en état entre
IZNOGGOOD et HAÂFNÏOUF),
nous avons recherché les lignes de fissures les plus proches… Ce
critère ayant prévalu sur tous les autres (exit… bon rocher, belle
ligne etc..), naquirent ainsi par la force du piton et du tamponnoir,
les LIONS NIAIS, OXUS, VOL AU VENT, IZNOGOOD et HAÂFNÏOUF.
Avec Régis CHAZALET nous avons attaqué HAÂFNÏOUF le 5
novembre 1978 (après avoir terminé les CLOWNS la veille). Nous étions
resté un jour de plus, et sans doute par paresse, nous avons commencé
à pitonner juste au dessus du bivouac!
Pourquoi HAÂF !… Parce que NÏOUF… Voilà la seule origine
de ce nom étrange, résumé de notre plaisanterie favorite de l'époque,
sans doute liée à un taux d'alcoolémie proche du comas éthylique.
En toute objectivité force est de constater qu'après ARCHIANNE,
nous avons régressé en escalade libre car durant environ deux années,
outre une tendance à boire de trop (beaucoup trop), toutes les voies
de cette époque furent plus des prétextes à rigolade que des challenges
sportifs. Néanmoins nous avons progressé en artif, car durant cette
période nous avons grimpé quelque soit la météo… En bottes et combinaison
spéléo parfois.
Nous progressions pratiquement intégralement en artificielle. Le
but de nos journées était de vaguement s'occuper, pour le soir venu
faire la fête au bivouac, entre copains autour du feu. Nous étions
sans doute peu rentables car entre les portages de matos, de bouffe,
d'eau et de vin entre le parking et le bivouac, il nous restait
en hiver peu de temps pour avancer nos projets. Seul le nombre nous
a permis d'être efficaces car nous étions en permanence sur plusieurs
projets, et même quand certains avaient du mal à dégriser le dimanche
matin, il en restait toujours quelques uns motivés pour remonter
sur les statiques.
Vers 1980 lorsque nous avons réalisé notre déchéance, peu d'entre
nous maîtrisaient encore le cinquième degré… et dans un même excès
nous sommes passés de l'alcoolisme à l'ascétisme avec enthousiasme
et efficacité. Preuve que l'homme à défaut d'être bon par nature
est au moins amendable!
Que dire de plus, concernant cette voie HAÂFNÏOUF… Il
nous a fallut encore 2 week-end pour en finir, d'abord les 11 et
12 novembre 1978 puis les 25 et 26 novembre pour sortir au sommet,
seul avec Javel car les autres membres de l'équipe figurant dans
le topo, n'ont pas participé au final. Quelques anecdotes sur HAÂFNÏOUF,
la longueur au dessus de la vire côté A2 avec 1 pas d'A3 n'a été
répétée que vingt ans après... (Sombardier… qui prétendait
faire de l'A5 au Grand Manti, a échoué dans une tentative). Il faut
dire que sur 5 mètres dans du rocher pulvérulent, j'ai jumelé des
séries de rurps et autres micros pitons infectes… la seule petite
cornière valable JAVEL l'a barrée contre mon avis!
Les 3 pitons manquant, signalés dans le topo, sont à mon avis les
5 mètres d'artif les plus difficiles de ma carrière...
En 2004 la partie supérieure a été utilisée
pour sortir de la voie "COLERE
de SHIVA"... les ouvreurs ont eu l'élégance
de bien le signaler (ceci devient rare à Presles ... certains
équipeurs oubliant un peu qu'ils ne sont pas vraiment toujours
en terrain vierge!). La cotation de ce passage est ramenée
à A1/A2... On était vraiment mauvais... ou le matériel
est meilleur!
Le lendemain nous voulions récupérer les cordes, car ayant atteint
le plateau à la nuit, nous étions redescendus au bivouac. Dans la
nuit il avait neigé 50cm et au petit matin il devait faire 10 degrés
en dessous de zéro… Avec JAVEL nous n'avons jamais pu remonter intégralement.
A 50m de la sortie, même en grattant les cordes givrées, les jumards
finissaient par glisser sur la gaine gelée… JAVEL ayant ainsi coulissé
sur 10 mètres pour finir dans l'ancrage inférieur, j'ai décidé de
laisser les derniers mètres cordés. Notre descente en rappel c'est
faite dans la voie des CLOWNS, et nous avons récupéré le matos plus
tard en venant par le haut.
Cette voie est très peu reprise, elle mériterait d'être rééquipée,
au moins dans la partie inférieure.
En décembre 2019, un ami (Eric Chaxel) a répété
cette voie en se servant des pitons que je lui ai donnés,
il a trouvé la voie interessante et m'a fait parvenir des
photos.